Sur les traces du photographe fantôme : à Aubervilliers, des collégiens enquêtent sur Raoul Minot et restituent une mémoire oubliée

Comment raconter l’histoire d’un témoin invisible, dont les images clandestines ont traversé le temps sans que l’on connaisse son nom ? C’est le défi que se sont lancés les 24 élèves de 3e2 du collège Henri Wallon, à Aubervilliers. Guidés par leur professeur d’histoire-géographie, Félix Patiès, ils ont entrepris de remonter la piste du « photographe fantôme » du Paris Occupé : Raoul Minot, employé du Printemps et auteur d’environ 700 photographies prises clandestinement dans la capitale entre 1940 et 1942.

Le point de départ de leur enquête : la série d’articles publiée dans Le Monde par Philippe Broussard, directeur du service Enquête du journal, intitulée « 1940-1942 : sur les traces du photographe inconnu ». Fascinés par cette investigation méthodique, les élèves ont décidé d’en révéler les coulisses à travers un podcast d’enquête, réalisé dans le cadre d’un projet d’éducation aux médias porté par La Chance, pour la diversité dans les médias, en partenariat avec le département de la Seine-Saint-Denis.

Une véritable immersion dans le travail journalistique

Accompagnés par les journalistes Martin Bodrero et Tristan Goldbronn, les élèves ont découvert les méthodes du reportage et de l’investigation : vérification des faits, recherches d’archives, travail de terrain, structuration d’un récit, mise en voix. Leur démarche les a menés bien au-delà de la salle de classe. Grâce au soutien du département, ils ont pu visiter :

  • la rédaction du journal Le Monde, pour comprendre la fabrication d’un grand quotidien ;
  • le musée de la Résistance et de la Libération de Paris, où ils ont exploré les traces matérielles de l’Occupation ;
  • les archives de la préfecture de police, essentielles pour reconstruire le parcours de Raoul Minot ;
  • et même le camp d’Auschwitz, en Pologne.

À travers leurs interviews de journalistes, d’historiens, de passeurs de mémoire et de médiateurs culturels, les élèves ont pris conscience de ce que signifie enquêter : persévérer, douter, croiser les récits, affronter les silences et tenter de redonner voix à ceux dont l’histoire a disparu.

 « Le professeur a énormément travaillé en amont : visites du musée de la Résistance de Champigny-sur-Marne, travail sonore, immersion progressive. On a pris le temps ; et c’était une chance incroyable. On n’a pas tout donné d’emblée, pas toutes les informations : les élèves ont dû chercher, déduire, reconstituer. Un peu comme Sherlock Holmes. Et ça, ça change tout.

La visite d’Auschwitz a été un moment à part. Lors des recherches dans les archives, il y a eu des larmes ; ça les a marqués profondément, ça a rendu le projet concret et réel. » Martin Bodrero

Un podcast entre mémoire et enquête

Le podcast, construit comme une mini-série sonore de quatre épisodes, mêle récits historiques, archives, ambiances sonores, voix d’adolescents et de passeurs de mémoire. Avec pudeur et curiosité, les élèves racontent Paris sous l’Occupation, les formes de résistance ordinaire, les dangers encourus par Minot et la façon dont une enquête journalistique peut ressusciter un témoin oublié.

La création musicale originale, signée Jean-Rémy Guédon, accompagne leurs voix et donne au récit une profondeur supplémentaire.

Le travail de Philippe Broussard sur Raoul Minot a donné lieu à une publication récente :

  • Le Photographe inconnu de l’Occupation ,de Philippe Broussard, éditions [nom de l’éditeur].
    Une enquête captivante qui retrace, pas à pas, la redécouverte du photographe clandestin du Paris Occupé.

Pour approfondir le sujet, on peut également consulter :

  • la série complète de Le Monde : « 1940-1942 : sur les traces du photographe inconnu » ;
  • les archives photographiques de Raoul Minot présentées dans l’enquête ;
  • les ressources pédagogiques du Musée de la Résistance et de la Libération de Paris.