« Celles que l’Histoire a oubliées » : à Romorantin, des collégiens donnent voix aux femmes effacées de la mémoire collective
Hedy Lamarr, inventrice à l’origine du Wi-Fi. Adrienne Bolland, pionnière de l’aviation. Harriet Tubman, héroïne de la lutte contre l’esclavage. Françoise Barré-Sinoussi, co découvreuse du virus du sida. Yvonne Rudellat, résistante locale. Ces noms restent largement méconnus et c’est précisément ce paradoxe qui a été le point de départ d’un projet d’éducation aux médias mené au collège Maurice Genevoix, à Romorantin-Lanthenay.
Pourquoi certaines figures disparaissent-elles de la mémoire collective ? Comment les médias contribuent-ils à effacer ou à réparer ces absences ? Ce sont les questions que 25 élèves de 3F ont choisi d’explorer, guidés par leur professeure d’histoire-géographie Françoise Beauger-Cornu et la journaliste Cassandre Riverain, des Échos, intervenante EMI pour La Chance, pour la diversité dans les médias.
Du marché à l’enregistrement : un parcours journalistique complet
Le projet a débuté par une immersion de terrain inattendue : un micro-trottoir au marché de Romorantin. Munis de leurs enregistreurs, les élèves sont allés interroger les habitants sur leur connaissance de ces femmes oubliées et, plus largement, sur la place des femmes dans l’Histoire. Une première confrontation avec la pratique journalistique, et avec le son, fil rouge de toute l’aventure.
« Ils étaient très partants à l’idée du micro-trottoir : enthousiastes dès qu’il s’agissait de manier le matériel. Mais une fois face aux gens, c’était plus difficile. Du mal à se lancer, pas mal de refus… et finalement beaucoup de matière récoltée et une vraie montée en confiance. »
Cassandre Riverain, journaliste
De retour en classe, chaque groupe a mené des recherches documentaires approfondies : croiser les sources, vérifier les informations, distinguer biographie fiable et récit approximatif. À partir de ce travail, les élèves ont écrit un script radiophonique adapté aux codes du podcast : raconter en quelques minutes une histoire claire, incarnée, accessible.
La dernière étape : l’enregistrement. Diction, rythme, mise en récit à l’oral — les élèves ont découvert que raconter à la radio ne s’improvise pas, et que chaque mot compte.
Une série de podcasts pour réparer l’Histoire
Le résultat est une série d’épisodes, chacun consacré à une figure féminine choisie par les élèves, retraçant son parcours, ses combats et ses accomplissements. En choisissant eux-mêmes leurs sujets (dans des domaines aussi variés que les sciences, la politique, la résistance ou l’aviation ) les élèves ont aussi interrogé leurs propres représentations : pourquoi tel nom leur était-il inconnu ? Qui décide de ce qui mérite d’être raconté ?
« Le podcast n’est pas forcément le format le plus évident pour ce sujet : mais c’est justement ce qui était intéressant, avance Cassandre Riverain. Un outil qu’ils n’avaient pas l’habitude de manier, qui les a forcés à hiérarchiser l’information, à être précis. Et puis il y avait quelque chose de beau dans l’idée de faire parler ces femmes par la voix des collégiens. »
Au-delà des compétences journalistiques acquises : recherche, vérification, écriture radiophonique, prise de son, c’est une posture critique que ce projet a cherché à installer : comprendre que les médias ne sont jamais neutres, et que raconter l’Histoire, c’est toujours aussi choisir qui on rend visible.
« Les élèves étaient surpris que ces femmes soient si peu connues : comme tout le monde l’est, se rappelle Cassandre Riverain. On ne s’attend pas à ce que des femmes soient à l’origine de ces inventions. Mais ça a surtout donné envie d’aller creuser. Et cette curiosité était contagieuse : Adrienne Bolland m’a moi-même surprise. Des élèves passionnés par l’aviation sont tombés sur elle : une pionnière que je ne connaissais pas vraiment. Ce projet nous a appris des choses à nous aussi. »
Ce projet a été mené dans le cadre du programme d’éducation aux médias et à l’information de La Chance, pour la diversité dans les médias, en partenariat avec le collège Maurice Genevoix de Romorantin-Lanthenay.
Merci à Cassandre Riverain et à l’équipe pédagogique de l’établissement.
